L'amazigh n'est pas une seule langue. C'est une famille de variétés étroitement apparentées, parlées à travers l'Afrique du Nord, le Sahara et le Sahel. Les linguistes ne s'accordent pas sur la frontière entre langue et dialecte — mais il y a un large consensus sur le fait que ces variétés diffèrent considérablement par le vocabulaire, la prononciation et la grammaire.

Toutes les variétés amazighes appartiennent à la famille afro-asiatique. Elles sont apparentées à — mais distinctes de — l'arabe, l'hébreu, et les langues couchitiques et tchadiques d'Afrique de l'Est et centrale.

Les principales variétés

VariétéNom natifOù elle est parléeLocuteurs (approx.)
KabyleTaqbaylitKabylie, Algérie5–7 millions
ChaouiTacawit / TachawitAurès, Algérie2–3 millions
TachelhitTašlḥiytSouss & Haut Atlas, Maroc4–8 millions
Tamazight de l'Atlas centralTamaziɣtMoyen Atlas, Maroc2–3 millions
TarifitTarifitRif, Maroc1,5–3 millions
MozabiteTumzabtVallée du M'Zab, Algérie150 000–200 000
NafusiTanfusitMontagnes du Nafusa, Libye150 000–200 000
SiwiJlan n IsiwanOasis de Siwa, Égypte15 000–30 000
ZenagaTuḍḍungiyyaMauritaniequelques milliers
TouaregTamasheq / Tamajaq / TamahaqMali, Niger, Burkina Faso, Algérie, Libye1–3 millions

Ces chiffres sont des estimations. Voir la note en bas de page.

Algérie

L'Algérie compte le plus grand nombre de variétés amazighes dans un seul pays :

  • Kabyle (Taqbaylit) — Kabylie, à l'est d'Alger. La variété amazighe la plus parlée et la plus documentée au monde.
  • Chaoui (Tacawit) — montagnes des Aurès, est de l'Algérie.
  • Chenoui (Tachenwit) — monts Dahra et Ouarsenis, nord-ouest.
  • Mozabite (Tumzabt) — vallée du M'Zab, Sahara septentrional.
  • Ouargli (Tagergrent) — oasis de Ouargla.
  • Gurara — région du Gourara, près de Timimoun.
  • Tidikelt — plateau du Tidikelt, Sahara profond.
  • Touareg (Tamahaq) — Hoggar et Tassili n'Ajjer, extrême sud.
  • Beni Snous et autres petites variétés frontalières près du Maroc.

Maroc

Trois variétés majeures, chacune avec d'importantes communautés :

  • Tarifit — montagnes du Rif, nord du Maroc. Aussi largement parlée aux Pays-Bas et en Belgique.
  • Tamazight de l'Atlas central (Tamaziɣt n waṭlas anammas) — Moyen Atlas.
  • Tashelhit / Tachelhit (Tašlḥiyt) — plaine du Souss et Haut Atlas, sud du Maroc. La variété amazighe marocaine la plus parlée.

Des variétés plus petites incluent le ghomara, le senhaja, le figuig et le yebli.

Libye, Tunisie, Égypte

  • Libye : Nafusi (montagnes du Nafusa), Zuwara, Ghadames, Awjila, Sokna
  • Tunisie : Djerbi (Djerba), Matmata, Zraoua (près de Tataouine), et petites variétés du sud
  • Égypte : Siwi — la seule variété amazighe vivante du pays, parlée autour de l'oasis de Siwa

Mauritanie et Sahel

  • Mauritanie : Zenaga (Tuḍḍungiyya) — aujourd'hui parlée par un petit nombre de personnes
  • Mali : Tamasheq (Tamacheq)
  • Niger : Tamajaq (Tamazheq)
  • Burkina Faso : Tamasheq

Les variétés touarègues partagent une tradition continue d'écriture tifinagh et une riche culture poétique.

Systèmes d'écriture

Les langues amazighes s'écrivent avec trois écritures principales :

  • Tifinagh — écriture amazighe traditionnelle et moderne, encore activement utilisée par les communautés touarègues et standardisée au Maroc sous le nom de Tifinagh-IRCAM
  • Alphabet latin — utilisé pour la plupart des écrits et des recherches modernes en kabyle, rifain et chleuh. Utilisé aussi par de nombreuses communautés de la diaspora.
  • Écriture arabe — historiquement et actuellement utilisée dans certains contextes amazighs, surtout au Maroc et chez certaines communautés sahariennes.

Une langue peut s'écrire dans plusieurs écritures. Le choix de l'écriture est souvent culturel et politique, pas purement linguistique.

Notes sur les chiffres

Les estimations ci-dessus sont approximatives. Elles varient parce que :

  • Certains pays ne comptent pas la langue ou l'ethnicité dans leurs recensements
  • Beaucoup de locuteurs sont bilingues et peuvent ou non s'identifier comme amazighs
  • Les chiffres de la diaspora sont difficiles à mesurer
  • Les sources coloniales et post-coloniales différaient souvent dans leur classification des variétés

Ce qui n'est pas contesté : des millions de personnes parlent des langues amazighes chaque jour, et ces langues font partie intégrante de l'identité nord-africaine.